Les persécutions des chrétiens sous la dynastie des Antonins au IIème siècle


 

 

Le culte impérial et la persécution des chrétiens

Le 
culte de l’empereur est la religion officielle de l’empire romain. Il contribue à unir les divers peuples et cultures et représente un symbole de loyauté envers l’empereur et donc envers Rome. Ainsi, celui qui refuse d’y participer est considéré comme un traître et menace l’unité de l’empire.
Bien que respectueux des autorités, les chrétiens ne peuvent accorder d’adoration à personne d’autre que Dieu lui-même. C'est principalement à cause de leur refus de rendre un culte à l'empereur que les chrétiens sont victimes de 
cruelles persécutions au sein de l'empire romain.

La cruauté des romains n’a pas de limites et les souffrances qu’ont eu à subir les chrétiens sont indescriptibles. Au nombre des pires instigateurs de ces persécutions, figurent les empereurs Néron, Marc Aurèle, Dèce, Valérien et Dioclétien.

Les premiers chrétiens refusent de brûler de l’encens en l’honneur de l’empereur, quand bien même leur refus leur coûte la vie. Daniel Mannix fait remarquer : “
 Les chrétiens qui se rétractaient étaient en petit nombre, bien qu’on gardât généralement à leur intention, dans l’arène, un autel sur lequel brûlait un feu. Déposer une pincée d’encens sur l’autel, voilà tout ce qui était requis d’un prisonnier ; on lui donnait alors un certificat de sacrifice et il était libre. On lui expliquait aussi, avec soin, qu’il n’adorait pas l’empereur, mais qu’il lui reconnaissait simplement un caractère divin lié à sa position de chef de l’État romain. Cependant, presque aucun chrétien ne saisissait cette occasion d’échapper”- Those About to Die, 1958, p. 137.

Lien - Les empereurs romains

Les persécutions des chrétiens vont durer 300 ans



La dynastie des Antonins persécute les chrétiens pendant tout le 2ème siècle

Les empereurs de Rome du IIe siècle appartiennent à la dynastie des Antonins. Tous ont persécuté les chrétiens. Nous avons dans l’ordre : Trajan (98-117) – Hadrien (117-138) - Antonin (138-161) - Marc Aurèle (161-180) –Commode (180-192).


Les empereurs de Rome du IIe siècle appartiennent à la dynastie des Antonins. Tous ont persécuté les chrétiens. Nous avons dans l’ordre : Trajan (98-117) – Hadrien (117-138) - Antonin(138-161) - Marc Aurèle (161-180) –Commode (180-192).

Jean-Léon Gérôme - Dernières prières des martyrs chrétiens - 1883



Plusieurs Pères de l’Eglise du IIe siècle sont morts en martyr:

Ignace d’Antioche est mort dans l’arène, dévoré par les bêtes, vers 110 sous la persécution de Trajan.
Polycarpe de Smyrne est mort brûlé vif vers 160 sous le règne de Marc Aurèle.
Justin Martyr de Naplouse est décapité en 165 sous le règne de Marc Aurèle.


Plusieurs apologies ont été écrites pour la défense du christianisme et des chrétiens :

Quadratus (mort vers 128), évêque d’Athènes, adresse une apologie à l’empereur Hadrien en 124 ou 125 afin de défendre les chrétiens persécutés.

Aristide d’Athènes (mort v 134), philosophe athénien converti au christianisme adresse une apologie à l’empereur Hadrien pour réfuter les calomnies déployées à l’encontre des chrétiens.

Justin Martyr de Naplouse (v110 – 165 en martyr), philosophe chrétien, rédige la Grande apologie adressée à Antonin le Pieux.
Condamné pour avoir refusé de participer au culte d’idoles, il est exécuté par décapitation vers 165 (sous le règne de Marc Aurèle).

Méliton de Sardes (mort vers 180-190), évêque de Sardes adresse une apologie à Marc Aurèle dans laquelle il met en valeur la foi profonde, le comportement exemplaire et les exigences morales des chrétiens de son temps.

Athénagore d’Athènes (v133 - 190), un philosophe athénien chrétien, adresse à Marc Aurèle et à son fils, Commode, une apologie en 30 chapitres intitulée « Supplique au sujet des chrétiens ». Il fait appel à leur amour de la vérité et leur demande le droit pour les chrétiens d’être jugés avec impartialité en se référant uniquement aux faits et de ne plus être mis à mort pour la seule raison qu’ils portent le nom de chrétiens.    



Le règne de Trajan (98-117)

Trajan ne publie pas d’édit de persécution contre les chrétiens mais applique les lois sanguinaires portées par ses prédécesseurs dans tout l’empire (
édit de 64).
Le christianisme demeure interdit et les fidèles sont toujours dans un état permanent d’insécurité, à la merci de dénonciations ou de mouvements de foule violents, au cours desquels le peuple tout entier se fait accusateur.

L’historien Jean-Baptiste Noé explique :
«
 L’an 112 est très important pour les chrétiens. Cette année-là, Pline le Jeune, avocat, juriste, érudit, philosophe, est nommé par Trajan, gouverneur de Bithynie, l’ouest de l’actuelle Turquie d’Asie.
Dans le cadre de ses fonctions, il y représente le pouvoir, et il juge, notamment les chrétiens qui sont déférés devant son tribunal. Devant leur nombre croissant, car le christianisme progresse rapidement dans sa juridiction, il est bien embarrassé. Il a essayé, quelques fois avec succès, de leur faire abjurer leur foi, et de les faire revenir aux cultes officiels. De sa propre initiative, il a acquitté ces apostats, et il lui semble qu’on peut leur pardonner d’avoir été les tenants de cette religion, qu’il considère, lui, comme une superstition absurde et ridicule. Mais que faire avec ceux qui restent fermes dans leur foi ? Pline connaît la loi : l’appliquer strictement, c’est se préparer à un bain de sang. Quels sont donc les crimes de ces gens ? Pline se rend compte que leur seul « crime » est d’être des chrétiens. Il envoie alors une lettre à Trajan, dans laquelle il s’en remet à l’empereur, lui demandant de l’éclairer sur la conduite à tenir, et de lui confirmer que jusque-là, il a pris les bonnes décisions, notamment en relâchant ceux qu’il appelle les repentis.
Quand un empereur répond à un magistrat sur une question donnée, on appelle la réponse 
un rescrit. Ce document a force de loi. Celui de Trajan est très important pour les chrétiens : pendant tout le deuxième siècle, il va déterminer la politique impériale à leur égard.
Dans son rescrit, Trajan écrit ceci : « Mon cher Pline, tu as suivi une bonne ligne de conduite dans l’affaire de ceux qui ont été amenés devant toi comme chrétiens… Il ne faut pas les rechercher ; s’ils sont dénoncés et trouvés coupables, il faut les punir, avec cette réserve toutefois que celui qui nie être chrétien et qui le prouve effectivement en adorant nos dieux, si suspect que soit son passé, doit être pardonné à cause de son repentir. Mais les lettres anonymes ne peuvent servir en aucun cas pour une inculpation ; ce serait un mauvais exemple, peu digne de notre époque. »

Que peut-on déduire du rescrit de Trajan ? Il est complètement aberrant et illogique, ce que Tertullien dénoncera dans son Apologétique, en 197 : « Admirable sentence, qui ne peut être que contradictoire ! Elle défend de les rechercher comme s’ils étaient innocents et elle ordonne de les punir comme s’ils étaient coupables […] Ô justice, pourquoi te mettre dans un tel embarras ? Si tu les condamnes, pourquoi ne pas les rechercher ? Si tu ne les recherches pas, pourquoi ne pas les acquitter ? »"


A partir du règne de Trajan, 
le simple nom de chrétien pouvait justifier une condamnation à mort. Trajan appliquera cette politique jusqu’à la fin de son règne, en 117, ainsi que ses successeurs, Hadrien (117-138), Antonin (138-161) et Marc-Aurèle (161-180). Ils seront responsables de la torture et de la mort d’un grand nombre de chrétiens.

Aucun magistrat romain ne prendra le risque de les protéger.

Les chrétiens sont mis à mort pour la seule raison qu’ils portent le nom de chrétiens.  Les terribles calomnies qui circulent à leur égard vont jusqu’à les accuser d’athéisme, d’anthropophagie et d’inceste.

Jean-Léon Gérôme - La rentrée des félins – 1902




Le règne d’Hadrien

Deux apologistes, Quadratus et Aristide d’Athènes, ont présenté, vers 126 la vérité sur le christianisme à l’empereur Hadrien dans deux apologies. Cela n’a eu absolument aucune influence sur les persécutions.



Le règne d’Antonin

Justin Martyr de Naplouse (v110 – 165 en martyr) a adressé la Grande apologie à Antonin le Pieux. Justin clame l'innocence des chrétiens et plaide la cause de ces « hommes de toute race, injustement haïs et persécutés».  



Le règne de Marc Aurèle (161-180)

Alors que Rome est accablée de nombreux maux (peste, invasions barbares, inondations, famine...), les chrétiens sont désignés comme responsables car ils ont entraîné la colère des dieux en refusant de les honorer.

L’historien Jean-Baptiste Noé écrit :
« Le début du règne de Marc-Aurèle, en 161, voit se succéder une série de catastrophes. Ses légions battent les Parthes en 165, mais rapportent de leurs campagnes la peste, qui se propage en Occident pendant vingt ans. En 167, commencent les invasions barbares. A cela s’ajoutent des pluies diluviennes qui s’abattent sur l’Italie, occasionnant des inondations, détruisant les récoltes, et provoquant des famines.
On dirait que les dieux se détournent de Rome. Pourquoi ?

On consulte les augures partout dans l’empire, qui donnent tous, comme par hasard, la même réponse : les chrétiens sont la cause de ces maux. On est prêt à croire les augures. La majorité du peuple, affamé et malade, est persuadée que les dieux se vengent sur l’empire car les fidèles y sont tolérés. Le sentiment anti-chrétien est à son comble.

Evidemment, un esprit clair et raisonné aurait ramené le calme, malheureusement l’heure n’est plus aux esprits forts, mais aux superstitions et aux croyances les plus folles. Comme Marc-Aurèle est un homme superstitieux et crédule, qui connaît mal le christianisme et ne veut pas le comprendre, il persécute, sciemment, froidement, sans pitié. Il est certain ainsi de faire justice et de complaire aux dieux. Par exemple, c’est sous son règne, qu’ont été martyrisés les premiers chrétiens lyonnais, dont le cas est typique : cette persécution a été très violente mais courte, puisque tout s’est déroulé en deux mois, de la fin mai à la fin juillet 177. De plus, le droit romain a été bafoué.

Le deuxième siècle fut celui des occasions perdues. Pour le pouvoir impérial, ce fut un siècle stable : quatre empereurs en 82 ans. Trajan, grand militaire, bon gestionnaire, au cours du règne duquel l’empire est certainement à son apogée, ou Hadrien, intellectuel brillant, auraient pu, ou dû, se pencher, avec objectivité, sur le cas chrétien. »


Au IIème siècle, les chrétiens sont persécutés par les empereurs romains. Les apologies ne changent rien. Marc Aurèle lance en 177 une terrible campagne de persécutions impitoyables.

Marc Aurèle lance, en 177, une grande campagne de persécutions cruelles et impitoyables contre les chrétiens,
comme à Lyon dont l'histoire retiendra le martyre de Blandine.

 



Méliton de Sardes (mort vers 180-190) est évêque de Sardes (l’un des seuls apologistes à avoir été évêque avec Théophile d’Antioche). Il adresse une apologie à Marc Aurèle dans laquelle il met en valeur la foi profonde, le comportement exemplaire et les exigences morales des chrétiens de son temps.


Athénagore d’Athènes (v133 - 190) est un philosophe athénien chrétien qui adresse à Marc Aurèle et à son fils, Commode, une apologie en 30 chapitres intitulée « Supplique au sujet des chrétiens ». Il fait appel à leur amour de la vérité et leur demande le droit pour les chrétiens d’être jugés avec impartialité en se référant uniquement aux faits et de ne plus être mis à mort pour la seule raison qu’ils portent le nom de chrétiens.    



Le règne de Commode (180-192)

L’historien Jean-Baptiste Noé écrit :
« La fin du deuxième siècle est un nouveau tournant. Le christianisme, sans violence, est en train de changer la société. Sans pour autant que les persécutions s’arrêtent, un débat a le mérite de s’engager parmi les politiques et les intellectuels. Faut-il continuer à martyriser ces gens, dont le seul « crime » est d’être chrétiens, et qui sont, on le sait partout dans l’empire, de toute façon inoffensifs ? Faut-il tolérer, composer, ou combattre ?

Le règne de Marc-Aurèle prend fin en mars 180. C’est son fils Commode qui lui succède.
Dans un premier temps, Commode, qui conserve les conseillers de son père, laisse s’appliquer la loi, et donc les persécutions. Vers 184, il se sépare d’eux. N’étant plus sous leur influence, il opte pour l’indulgence envers les fidèles. Il faut dire aussi que son esprit, qui n’a jamais été solide, vacille de plus en plus, et qu’il a été bien aidé pour prendre cette décision, par une jeune et belle esclave nommée Marcia, dont il est très amoureux. Marcia n’est pas chrétienne, mais catéchumène.

Il semble qu’elle n’a jamais été baptisée, sacrement peu compatible avec le fait qu’elle soit la maîtresse de l’empereur, mais l’Eglise ferme les yeux sur son statut, car elle lui rend bien des services. Elle demande par exemple à Commode de libérer tous les fidèles envoyés dans les mines de Sardaigne. L’empereur ne se pose pas de questions, ne discute pas : il s’exécute ! C’est une première, même si sa santé mentale est chancelante, et qu’il a agi pas précisément pour des raisons humanitaires. De ce fait, la situation change dans tous les tribunaux : plus question de persécuter des gens mieux vus du pouvoir.

Cette politique de tolérance, le successeur de Commode, l’empereur 
Septime Sévère, la poursuit pendant une dizaine d’années, de son arrivée au pouvoir, en 193, jusqu’à 202, année au cours de laquelle les persécutions reprennent. Elles sont la réaction de Septime Sévère à une nouvelle apologie, rédigée par Tertullien, païen converti, et ordonné prêtre. Ancien avocat, il sait manier la plume, mais il est aussi volontiers polémiste. »

Bibliographie :
http://www.jbnoe.fr/Les-chretiens-dans-l-Empire-romain,913
http://www.jbnoe.fr/Les-chretiens-dans-l-Empire-romain,914

 


Olivier                                                                        Pour laisser un commentaire, c'est ici !

 


Arsitide d'Athènes, Quadratus, Justin martyr de Naplouse, Athénagore d'Athènes, Meliton de Sardes ont écrit des apologies pour défendre la cause chrétienne auprès des empereurs romains, Hadrien, Antonin et Marc Aurèle,mais sans succès.