Méliton de Sardes


 

 

Une homme respecté et reconnu :

Méliton de Sardes (mort v180/190) est un auteur et apologète chrétien de la seconde moitié du IIe siècle. Il est également évêque de Sardes, en Lydie (Asie mineure).
Les renseignements dont nous disposons sont minces et se résumant à quelques fragments grecs et syriaques d’une authenticité non garantie. Cependant, ils nous font entrevoir une personnalité influente et vénérée.
En effet, l’évêque 
Polycrate d’Ephèse, vers 190, parle de lui comme du «dernier des  grands luminaires » qui ont vécu en Asie Mineure (Eusèbe Hist eccl, V, 24,5).
Eusèbe de Césarée déclare dans son histoire ecclésiastique : « En ce temps-là, Méliton, évêque de l'Eglise de Sardes et Apollinaire, évêque de celle d'Hiérapolis, brillaient d'une manière remarquable : ils adressèrent à l'empereur des Romains, dont nous avons parlé pour cette époque, des discours pour l'apologie de la foi, chacun de son côté. » (XXVI)
Tertullien et Jérôme ont qualifié Méliton d’excellent orateur et d’habile écrivain.
Polycrate de Smyrne dira : « et l’eunuque Méliton, qui a toujours vécu dans le Saint-Esprit : il repose à Sardes » (Eusèbe de Césarée, hist. Eccl).



Le canon de l’Ancien Testament

Méliton s’est intéressé au canon des Écritures et a voyagé en Palestine pour apprendre quels étaient les véritables livres de l’Ancien Testament et dans quel ordre on devait les ranger. À ce sujet, il a écrit : “ Étant donc allé en Orient et ayant été jusqu’à l’endroit où a été prêchée et accomplie (l’Écriture), j’ai appris avec exactitude les livres de l’Ancien Testament et j’en ai établi la liste que je t’envoie*. ” Cette liste ne mentionne pas les livres de Néhémie et d’Esther. Toutefois, parmi les écrits de ceux qui se réclamaient du christianisme, elle constitue le plus ancien catalogue des livres canoniques des Écritures hébraïques.

« Voilà ce qui est exposé dans l'ouvrage dont nous avons parlé. Dans les Eclogae écrites par lui, le même auteur, dès le commencement de son introduction, fait le catalogue des livres reconnus de l'Ancien Testament; et il est nécessaire de le reproduire ici. Il écrit ainsi : " Méliton à Onésime, son frère, salut. Puisque tu as souvent désiré, poussé par ton zèle pour la doctrine, avoir pour toi des extraits de la Loi et des prophètes au sujet du Sauveur et de toute notre foi; que tu as encore voulu connaître avec précision le nombre des anciens livres et l'ordre dans lequel ils sont placés, je me suis appliqué à faire ce travail, connaissant ton zèle au sujet de la foi et ton application à l'étude de la doctrine : c'est par amour de Dieu que tu estimes cela plus que tout le reste, en combattant pour le salut éternel. " Etant donc allé en Orient et ayant été jusqu'à l'endroit où a été prêchée et accomplie (l'Ecriture), j'ai appris avec exactitude les livres de l'Ancien Testament et j'en ai établi la liste que je t'envoie. En voici les noms : de Moïse cinq livres : Genèse, Exode, Nombres, Lévitique, Deutéronome; Jésus Navé (Josué), Juges, Ruth; quatre livres des Rois, deux des Paralipomènes (1 et 2 Chroniques); Psaumes de David, Proverbes ou Sagesse de Salomon ; Ecclésiaste, Cantique des Cantiques, Job; prophètes : Isaïe, Jérémie, les Douze en un seul livre; Daniel, Ezéchiel, Esdras. De ces ouvrages j'ai fait des extraits que j'ai répartis en six livres. " Telles sont les paroles de Méliton. » -(Hist.eccl. d’Eusèbe de Césarée).

Nous constatons que les 12 livres des "petits prophètes" sont regroupés en un seul livre.
Les 4 livres des Rois sont sans doute: 1 et 2 Samuel et 1 et 2 Rois.
Les 
Paralipomènes sont les livres de 1 et 2 Chroniques.
Il manque les livres 
de Néhémie et d’Esther.
Le catalogue dressé par Méliton de Sardes constitue 
la plus ancienne liste des livres canoniques des Écritures hébraïques.

Pendant ses recherches, Méliton a compilé, à partir des Écritures hébraïques, une série de versets prophétiques au sujet de Jésus. Ce recueil, Eclogae (extraits), démontre que Jésus était le Messie tant attendu et que la Loi mosaïque et les Prophètes annonçaient le Christ.

Méliton a rédigé plusieurs ouvrages dont une vingtaine sont cités par Eusèbe de Césarée. Les titres de ces ouvrages nous font regretter leur disparition. En voici quelques uns : "Sur la manière de vivre et sur les prophéties" ; "Sur le baptême" ; "Sur l'hospitalité; La Clé" ; "Sur le diable" ; "Sur la foi de l'homme" et celui que je regrette le plus : "l'Apocalypse de Jean".



Apologie à Marc Aurèle


 

Méliton de Sardes adresse une apologie à Marc Aurèle dans laquelle il met en valeur la foi profonde, le comportement exemplaire et les exigences morales des chrétiens de son temps. La plus ancienne liste du canon biblique des Écritures hébraïques.

Statue équestre de Marc Aurèle, Palazzo dei Conservatori (Musei Capitolini)



Méliton de Sardes adresse, avec tact et un art oratoire remarquable, une apologie à
 Marc Aurèle dans laquelle il met en valeur la foi profonde, le comportement exemplaire et les exigences morales des chrétiens de son temps.

Il déclare : « 
Mais nous t'adressons cette seule requête, afin que tu connaisses d'abord les auteurs d'une telle jalousie et que tu décides avec justice s'ils sont dignes de la mort et du châtiment, ou bien du salut et de la tranquillité. Mais si la résolution même et ce nouvel édit ne sont pas de toi - il ne conviendrait même pas contre des ennemis barbares - nous te demandons bien davantage de ne pas nous abandonner à un tel brigandage public.»
(…) « Seuls entre tous, persuadés par des hommes malveillants, Néron et Domitien ont voulu mettre notre doctrine en accusation; depuis, par une déraisonnable habitude, le mensonge de la dénonciation s'est répandu contre nous.  Mais tes pieux ancêtres ont redressé leur ignorance; souvent ils se sont adressés par écrit à beaucoup pour les blâmer, à ceux qui avaient osé innover au sujet des chrétiens. Parmi eux, ton grand-père Hadrien a manifestement écrit à beaucoup d'autres et à Fundanus, le proconsul qui gouvernait l'Asie; ton père, alors que tu régissais aussi toutes les affaires avec lui, a écrit aux villes, à notre sujet, de ne rien innover; parmi ces villes, aux habitants de Larisse, de Thessalonique d'Athènes et à tous les Grecs. Quant à toi, qui as au sujet des chrétiens la même opinion qu'eux, et encore plus remplie d'humanité et de philosophie, nous sommes assurés que tu feras tout ce que nous te demandons. »
 - (Hist. Eccl Eusèbe de Césarée, XXVI).



Méliton était quartodéciman

Méliton était quartodéciman et célébrait la Pâque selon le calendrier judaïque. Dans son Homélie de Pâques, il explique que la Pâque juive préfigurait le sacrifice de notre Sauveur Jésus-Christ. Elle n’avait donc plus aucune raison d’être célébrée après la mort du Messie.

Peu avant sa mort, Jésus a demandé à tous ses disciples de continuer à célébrer le repas du Seigneur associé à son sacrifice propitiatoire.

 

De ce fait, la commémoration de la mort du Christ a remplacé la Pâque juive, à la même date anniversaire et une fois l’an.
Pour aller plus loin, on peut dire que le christianisme devait remplacer le judaïsme dont le but était d’accueillir le Messie promis. On parle de
 théologie de la substitution.

« Ainsi donc, l'immolation de la brebis et le rite de la Pâque et la lettre de la Loi ont abouti au Christ Jésus en vue de qui tout arriva dans la loi ancienne et davantage encore dans l'ordre nouveau » - Homélie de Pâques.

C’est précisément ainsi que je comprends également la célébration de la Pâque chrétienne !

Méliton termine son homélie par une invitation lancée par l’Agneau de Dieu, la Pâque du salut, la Rançon, la Résurrection et la Vie, la Lumière, le Roi : Jésus-Christ.

« Venez donc, toutes les familles des hommes, pétries de péchés, et recevez le pardon des péchés. Car c'est moi qui suis votre pardon, moi la Pâque du salut, moi l'agneau immolé pour vous, moi votre rançon, moi votre vie, moi votre résurrection, moi votre lumière, moi votre salut, moi votre roi. C'est moi qui vous emmène vers les hauteurs des cieux ; c'est moi qui vous ressusciterai ; c'est moi qui vous ferai voir le Père qui existe de toute éternité ; c'est moi qui vous ressusciterai par ma main puissante. »


Dane l'Homélie de Pâque de Méliton de Sardes la commémoration de la mort du Christ a remplacé la Pâque juive, à la même date anniversaire et une fois l’an. Le christianisme devait remplacer le judaïsme dont le but était d'accueillir le Messie promis.

The back side of P.Mich.inv. 5552, showing portions of the Book of Enoch in Greek. This manuscript is part of the Chester Beatty Papyri, and is the 3rd leaf
of the surviving manuscript, which also contained an unknown Christian homily attributed to Melito of Sardis.
Most likely originated in Egypt.



Le conflit quartodéciman entre les évêques a été « réglé » au concile de Nicée en 325.
A cette occasion, une lettre synodale (établie par les évêques réunis) et une lettre encyclique (établie par l’empereur Constantin) ont statué sur la date de Pâques.
La lettre synodale (à l’église d’Alexandrie) spécifie :
« 
Nous vous avertissons aussi que le différend touchant le jour auquel la fête de Pâque doit être célébrée, a été heureusement terminé par le secours de vos prières, et que tous nos frères qui sont en Orient, et qui célébraient autrefois la fête de Pâque le même jour que les Juifs, la célébreront à l'avenir le même jour que les Romains, et que les autres qui la célèbrent de tout temps avec nous. »
Constantin dans sa Lettre aux Églises écrit :
«
 La question touchant la fête de Pâque y ayant été agitée, tous sont demeurés d'accord d'un commun consentement de la célébrer le même jour… Tous ont jugé que c'était une chose indigne, de suivre en ce point la coutume des Juifs… Ils sont si fort éloignés de la vérité, même en ce point, qu'ils célèbrent deux fois la fête de Pâque en une année… Embrassez donc volontairement l'usage, qui est établi à Rome, en Italie, en Afrique, en Égypte, en Espagne, en Gaule, en Angleterre, en Achaïe, dans le Diocèse d'Asie et de Pont, et en Cilicie. »

 

 

Le conflit quartodéciman entre les évêques a été « réglé » au concile de Nicée en 325. A cette occasion, une lettre synodale (établie par les évêques réunis) et une lettre encyclique (établie par l’empereur Constantin) ont statué sur la date de Pâques.

Constantin, empereur païen, préside le concile de Nicée (il ne se fera baptiser que sur son lit de mort
par Eusèbe de Nicomédie partisan de l’arianisme, doctrine que l’empereur a lui-même condamnée !)

 



A l’issue du concile de Nicée, l’usage quartodéciman est abandonné à l’exception de quelques groupes dissidents.

L’historien Raniero Cantalamessa a déclaré : “
 Le déclin de Méliton, qui a progressivement entraîné la disparition de ses écrits, a débuté quand — après le triomphe de la coutume de la Pâque dominicale — on a commencé à prendre les Quartodécimans pour des hérétiques. ” Finalement, pratiquement tous ses écrits ont été perdus.



La relation entre Jésus et son Père

Méliton de Sardes attribue à Jésus-Christ une position subordonnée par rapport à Dieu, son Père. Jésus est appelé le premier-né de Dieu.
Egalement, il est écrit que Dieu a tout créé par son intermédiaire.

Fragm.II (de l’Apologie, Otto, 413) : « 
Nous sommes les adorateurs de l’unique Dieu qui est avant toute chose et au-dessus de toute chose et de son Christ qui est le Verbe éternel de Dieu. »

Frag. XIII (ex tract. De anima et corpore, Otto, 419) : «  
Pater misit filium suum de caelo… ».
« Le Père a envoyé son Fils du ciel… ».


P. Pasha, 47 (Testuz, 79) : «
 Dieu, au commencement, ayant fait le ciel et la terre, et tout ce qui est en eux, par l’intermédiaire du Verbe, modela l’homme de la terre. »

P. Pasha, 82 (Testuz, 122) : «
 Tu n’as pas reconnu le Seigneur : tu ne savais pas, ô Israël, qu’il est le premier-né de Dieu,
qui fut engendré avant l’étoile du matin,
qui fit surgir la lumière,
qui fit resplendir le jour,
qui en sépara l’obscurité,
qui suspendit la terre,…


Ces passages rejoignent la lettre à Diognète qui exalte Jésus-Christ en tant que créateur.

 


Olivier                                                                        Pour laisser un commentaire, c'est ici !