Papias de Hiérapolis


Papias de Hiérapolis


 

Papias est l’un des responsables de l’église de Hiérapolis, en Asie mineure, au IIème siècle.
C’est donc un compagnon de Polycarpe de Smyrne.

Papias est l’un des responsables de l’église de Hiérapolis, en Asie mineure, au IIème siècle. C’est donc un compagnon de Polycarpe de Smyrne.

Hiérapolis (en Turquie) - wikipédia

 



 « Explications des paroles du Seigneur »

Papias a écrit une œuvre importante intitulée « Exégèses ou Explications des paroles du Seigneur ».

Mécontent des livres qui circulaient sur l’histoire de Jésus, Papias a entrepris 
un vaste recueil de témoignages directement de la bouche de ceux qui ont vu et entendu les apôtres, rassemblant ainsi les traditions de l’âge apostolique disparu depuis peu (1er siècle). Soucieux de la précision et uniquement intéressé par la vérité, il a passé une grande partie de sa vie à interroger ceux qui pouvaient avoir des informations sur l’enseignement originel du Christ et des apôtres.

Au moment où Papias conçoit ce projet, il n’existait plus aucun apôtre et Papias n’en a connu aucun directement, cependant il a consulté ceux qui ont connu des membres du noyau primitif. Papias connaissait à Hiérapolis les filles de l’apôtre Philippe qui étaient prophétesses. Il a aussi connu à Éphèse et à Smyrne Jean le Presbytre (Presbytéros Joannes) et Aristion qui tenaient leur compréhension de l’apôtre Jean.
Papias était un homme consciencieux qui s’est donné la peine de recueillir avec zèle les paroles de Jésus puis de les classer selon des matières.

Dans sa préface, Papias a écrit :
« Je n’étais pas comme la plupart, qui se laissent prendre au flux de paroles ; je n’aimais que ceux qui enseignent des choses vraies. Plein de défiance pour les préceptes bizarres qu’on fait circuler, je ne voulais connaître que ceux qui ont été confiés par le Seigneur à la foi de ses disciples et qui proviennent de la vérité elle-même. Si, par exemple, je rencontrais quelqu’un qui avait suivi les anciens, je le questionnais sur les discours des anciens. Que disait André ? Que disait Pierre ? Que disaient Philippe, Thomas, Jacques, Jean, Matthieu ou tel autre des disciples du Seigneur ? [J’y joignais] ce que disent Aristion et Presbytéros Joannes, disciples [des disciples] du Seigneur. Car je ne pensais pas que tous les livres pussent m’apporter autant de profit que les données recueillies de la tradition vivante et permanente. »

Papias préférait s’informer directement par voie orale auprès de ceux qui ont été au plus près de l’enseignement apostolique originel.
Le fait de remonter directement à la source lui permettait de ne pas dépendre des livres qui, à l’époque, étaient copiés manuellement et dans lesquels des erreurs ou des modifications volontaires pouvaient très facilement être introduites.

De cet ensemble de recherches minutieuses et consciencieuses, Papias a composé 5 livres intitulés « Exégèses ou Expositions des paroles du Seigneur » qui rendaient compte de l’enseignement de Jésus de la façon la plus juste possible.
Malheureusement, cette œuvre a disparu et il ne nous reste que quelques extraits dont trois qui ont été conservés par Eusèbe de Césarée. L’œuvre de Papias a aussi été citée par Irénée de Lyon.
La disparition de cet écrit est 
la plus regrettable perte qui ait été faite dans le domaine de la littérature chrétienne primitive.



 Les Évangiles

Papias qui n’accordait aux textes en circulation aucune valeur absolue pour reconstruire l’enseignement de Jésus a néanmoins lu les Évangiles.
Eusèbe nous rapporte les déclarations de Papias concernant deux Évangiles, celui de Marc et celui de Matthieu.

D’après Papias, Marc reprend les paroles de Pierre et il les met par écrit.  
" Et voici ce que disait le presbytre : Marc, qui était l'interprète de Pierre, a écrit avec exactitude, mais pourtant sans ordre, tout ce dont il se souvenait de ce qui avait été dit ou fait par le Seigneur. Car il n'avait pas entendu ni accompagné le Seigneur; mais, plus tard, comme je l'ai dit, il a accompagné Pierre. Celui-ci donnait ses enseignements selon les besoins, mais sans faire une synthèse des paroles du Seigneur. De la sorte, Marc n'a pas commis d'erreur en écrivant comme il se souvenait. Il n'a eu en effet qu'un seul dessein, celui de ne rien laisser de côté de ce qu'il avait entendu et de ne tromper en rien dans ce qu'il rapportait. "

Il semble, d’après Papias que l’Évangile de Matthieu ait été écrite d’abord en langue hébraïque, ce qui peut désigner soit l’hébreu, soit l’araméen ; et donc ensuite traduit en grec.
"
 Matthieu réunit donc en langue hébraïque les logia (de Jésus) et chacun les interpréta comme il en était capable. " Le même Papias se sert de témoignages (tirés) de la première épître de Jean et de la première épître de Pierre. Il expose aussi une autre histoire au sujet de la femme accusée de nombreux péchés devant le Seigneur, que renferme l’Évangile selon les Hébreux. Il était nécessaire que nous ajoutions cela à ce qui avait été dit.



 Justus

Papias raconte un fait extraordinaire concernant Joseph Barsabbas, surnommé Justus, qui aurait bu un poison mortel et n'aurait éprouvé aucun désagrément par la grâce du Seigneur. Ce Justus est celui qui a été proposé avec Mathias pour remplacer le traître Judas, après l’ascension du Messie. Après la prière, le sort a complété le nombre des 12 apôtres e choisissant Mathias, ce que le livre des Actes raconte en ces termes :
Actes 1 : 23-26 : « 23 Ils en présentèrent deux: Joseph appelé Barsabbas, surnommé Justus, et Matthias. 24 Puis ils firent cette prière: «Seigneur, toi qui connais le cœur de tous, désigne lequel de ces deux hommes tu as choisi 25 pour prendre part à ce ministère et à cette charge d'apôtre que Judas a abandonnés pour aller à la place qui est la sienne.» 26 Ils tirèrent au sort et le sort tomba sur Matthias, qui fut associé aux onze apôtres. »



 L’espérance du règne millénaire du Christ sur la terre

Ainsi que l’indique l’ « Histoire ecclésiastique » d’Eusèbe de Césarée, Papias a récolté des paraboles et des enseignements de Jésus parvenus jusqu’à lui par une tradition orale.
Il affirme que 
le règne du Christ aura lieu physiquement et de manière concrète sur la terre. Ce règne durera 1000 ans après la résurrection des morts.

Eusèbe de Césarée (qui a vécu entre le IIIe et le IVe siècle) ne partage pas cette croyance qu’il qualifie « d’étrange et bizarre », pourtant partagée par plusieurs auteurs chrétiens du IIe siècle.
D’ailleurs, Eusèbe ajoute qu’un 
très grand nombre d’écrivains ecclésiastiques adopteront les mêmes opinions que lui, comme Irénée et « d’autres qui  ont pensé les mêmes choses que lui ».

Irénée de Lyon rapporte aussi un passage de Papias :
« Il viendra des jours où naîtront des vignes, dont chacune contiendra dix mille ceps, et dans chaque cep il y aura dix mille bras, et dans chaque bras dix mille rejetons, et dans chaque rejeton dix mille grains, et chaque grain pressé donnera vingt-cinq mille muids de vin. Et, quand un des saints saisira une des grappes, une autre criera : « Je suis meilleure, prends-moi ; bénis Dieu à mon sujet. » De même, chaque grain de froment produira dix mille épis, et chaque épi donnera dix mille grains, et chaque grain dix mille livres de farine. Il en sera de même pour les arbres fruitiers, pour les graines, pour les herbes, selon leurs propriétés particulières. Et tous les animaux, usant pour nourriture des simples fruits de la terre, seront pacifiques, bienveillants les uns pour les autres, soumis et respectueux envers l’homme. »

Ce passage met en évidence une 
nourriture à profusion sur la terre et la paix entre les humains et les animaux.

De nombreux Pères ont lutté contre la croyance millénariste comme Origène, Denys d’Alexandrie, Eusèbe et les Pères hellénistes… Certains ont cherché à se débarrasser du livre de l’Apocalypse.

Mais 
Papias restait fidèle à la pensée primitive. Irénée l’estimait grandement, le plaçant immédiatement après les apôtres, sur le même pied que Polycarpe, parlant de lui comme d’ « un homme ancien ».
Il était tenu pour la principale autorité chez les 
millénaristes comme Irénée, Justin, Tertullien, Commodien. Nous pouvons aussi citer Hippolyte, Méthodius, Népos, évêque d’Arsinoé en Égypte, Victorin de Pettau, Lactance, les apollinaristes, Ambroise, Sulpice-Sévère, ou si l’on veut Martin, qui sont à cet égard de la vieille tradition.
Jusqu’au Ve siècle, des fidèles très-authentiquement chrétiens soutiennent encore que la venue de l’Antichrist et la ruine de toutes les nations laisseront la place au 
règne millénaire du Christ.
Irénée voyait la première résurrection un commencement d’incorruption, un moyen de s’accoutumer à la vue de Dieu, des anges et des choses spirituelles.

Le millénarisme bien que farouchement combattu n’a jamais été qualifié d’hérésie, il aurait fallu pour cela éliminer d’abord l’Apocalypse du Canon.  



 Conclusion

Nous ne pouvons que déplorer la disparition de l’important travail de Papias regroupant les témoignages des personnes les plus proches des apôtres afin de retracer l’histoire de la vie de Jésus et son enseignement.

Papias nous a laissé, au travers d’Esusèbe de césarée et d’Irénée quelques informations sur les Évangiles de Marc et de Matthieu et sur 
l’espérance du règne millénaire de Jésus-Christ.

Je pense que, tout comme Polycarpe dont il est proche, Papias devait être en accord avec les Saintes Écritures et subir bien des pressions pour l’en éloigner.

Lien - Papias de Hiérapolis

 


Olivier

 


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