Les persécutions des chrétiens sous l'Empire romain vont durer 300 ans !


 

La persécution des chrétiens sous l'Empire romain dure jusqu'au IVe siècle, de manière plus ou moins importante.


Le culte de l’empereur ou culte impérial

L’empire romain est constitué de la réunion de 
nombreux peuples différents ayant chacun sa culture et sa religion. Au fur et à mesure des conquêtes, les dieux étrangers s’intègrent sans difficulté au panthéon romain et peuvent être vénérés par le peuple polythéiste qui tolère tous les cultes. Cependant, c’est l’existence d’un culte universel et commun à tous les habitants de l’empire qui permettra de cimenter durablement les nations entre elles.
Pour unir les peuples multiculturels et transcender les différences religieuses,  
Auguste, le premier empereur, (27 av. J.-C., 14 ap. J.-C.) met en place leculte impérial.

Le culte impérial permet de promouvoir la citoyenneté, le patriotisme et la soumission aux autorités à travers un empereur divinisé. Il constitue le lien le plus puissant entre les différentes parties de l'empire et l'agent le plus solide de la Pax Romana.
Ainsi, Rome accepte tous les dieux, tolère tous les cultes, du moment que leurs adeptes adorent également l’empereur, considéré comme un dieu et à travers lui 
Rome


Le culte impérial et les premiers empereurs

Auguste (27 av J-C-14 ap J-C)  fait diviniser 
Jules César et met en place le culte impérial qui doit unifier tous les peuples de l’empire dans une même loyauté à l’empereur et à Rome et contribuer à la pax romana.

De son vivant, Auguste refuse d'être divinisé, il le sera à titre posthume. Mais il tient à ce qu’on adore Dea Roma, la déesse personnifiant Rome. Il laisse également se construire des autels et des temples qui lui sont consacrés surtout dans l'Orient habitué à considérer ses souverains comme des dieux vivants, à condition que son nom soit associé à celui de Rome divinisé. Le culte impérial s’étend rapidement à tous les territoires comme un moyen de manifester vénération et loyalisme envers l’État.

 Tibère (14-37), son successeur, développe le culte d'Auguste qui a été divinisé officiellement par le sénat en recevant l'apothéose. Il crée une nouvelle classe de prêtres, les sodales augustales pour rendre les honneurs divins à Auguste et à la famille des Iulii (de Jules César). Ces prêtres comprennent 21 membres choisis dans les principales familles de Rome. 

Domitien (81-96 de n. è.) a été le premier empereur à exiger qu’on le vénère. C’est sans doute sous ce règne que l’apôtre Jean a été confiné dans l’île de Patmos pour avoir “ rendu témoignage à Jésus ” – Ap 1 :9.
Pendant son exil, Jean reçoit la révélation de Jésus-Christ et rédige le livre de  l’Apocalypse. Il y fait allusion à 
Antipas, un fidèle chrétien tué à Pergame, centre important du culte impérial. 
Apocalypse 2 :13 : « Antipas, mon témoin fidèle, a été mis à mort chez vous ».
Ce fidèle témoin de Jésus a peut-être refusé d’accomplir les rituels du culte impérial. 


Le culte impérial et la persécution des chrétiens

Le culte de l’empereur est la religion officielle de l’empire, un 
symbole de loyauté envers l’empereur. Ainsi, celui qui refuse d’y participer est considéré comme un traitre et menace l’unité de l’empire.
Bien que respectueux des autorités, les chrétiens ne peuvent accorder d’adoration à personne d’autre que Dieu lui-même. C'est principalement à cause de leur refus de rendre un culte à l'empereur que les chrétiens sont victimes d’une persécution cruelle dans l'empire romain. 
Les Romains ne comprennent pas qu’un dieu exige un attachement exclusif. Les dieux romains ne l’imposent pas, alors pourquoi le Dieu des chrétiens le fait-il ? 

La cruauté des romains n’a pas de limites et les souffrances qu’ont eu à subir les chrétiens sont indescriptibles. Au nombre des pires instigateurs de ces persécutions, figurent les empereurs 
Néron, Marc Aurèle, Dèce, Valérien et Dioclétien.

Les premiers chrétiens refusent de brûler de l’encens en l’honneur de l’empereur, quand bien même leur refus leur coûte la vie. Daniel Mannix fait remarquer : “ 
Les chrétiens qui se rétractaient étaient en petit nombre, bien qu’on gardât généralement à leur intention, dans l’arène, un autel sur lequel brûlait un feu. Déposer une pincée d’encens sur l’autel, voilà tout ce qui était requis d’un prisonnier ; on lui donnait alors un certificat de sacrifice et il était libre. On lui expliquait aussi, avec soin, qu’il n’adorait pas l’empereur, mais qu’il lui reconnaissait simplement un caractère divin lié à sa position de chef de l’État romain. Cependant, presque aucun chrétien ne saisissait cette occasion d’échapper. ” — Those About to Die, 1958, p. 137.


Les persécutions infligées par les empereurs romains

Les persécutions vont durer 
300 ans, en plusieurs épisodes toujours très violents, mais, jamais continus, ni étendus à l’ensemble de l’empire : en 64, seule Rome est touchée.

(54-68) Néron

C’est à 
Néron que Paul en appelle lorsqu’il est accusé par les Juifs de Jérusalem devant Festus, procurateur de Judée – Actes 25 :7-12, 21. 

L'historien romain 
Tacite raconte dans ses Annales qu'à la suite du Grand incendie de Rome en 64, l'empereur Néron soupçonné d'en être à l'origine, en fait accuser faussement les chrétiens qui sont alors persécutés .
Néron leur inflige les pires supplices et tortures. 
A Rome, les premiers chrétiens  sont exterminés en public au cirque de Caligula. Les uns sont couverts de peaux de bêtes et exposés aux chiens ou aux fauves pour être déchirés ; certains sont livrés sans défense aux gladiateurs, d’autres, attachés à des croix, enduits de poix et brûlés comme des torches pour éclairer les jeux du cirque. Néron lui-même prend plaisir à conduire son char à la lueur des flambeaux humains. « Les souffrances de ces victimes étaient telles, dit Tacite, historien païen, que tout en les jugeant coupables et dignes du dernier supplice, le peuple était ému de compassion ».
Les apôtres 
Pierre et Paul figurent parmi les victimes des persécutions de Néron.

(81-96)Domitien

Domitien lance une période de persécutions de six à huit mois, en 95, très violente, et très étendue géographiquement: Rome et tout l’Orient sont concernés. Elle touche uniquement les hautes sphères de l’état et de l’administration. Il fait condamner les chrétiens pour athéisme car ils ne participent pas aux fêtes païennes et leur Dieu n’était pas reconnu officiellement. 
Le plus illustre martyr de cette persécution est saint 
Jean l’Évangéliste.

(98-117)Trajan

Pendant les premières années de ce nouveau règne, les chrétiens doivent faire face, non pas à des persécutions systématiques, mais à ces flambées de violence qu’ils connaissent déjà. 
Trajan ne publie pas d’édit de persécution contre les chrétiens mais applique les lois sanguinaires portées par ses prédécesseurs dans tout l’empire (édit de 64). 
Très perplexe sur la conduite à tenir à l’égard des chrétiens, Pline le Jeune, gouverneur de la Bithynie, écrivit à Trajan pour connaître ses intentions à leur sujet :

En 112, 
Pline le Jeune, avocat, juriste, érudit, philosophe, est nommé par Trajan, gouverneur de Bithynie, à l’ouest de l’actuelle Turquie d’Asie. Très perplexe sur la conduite à tenir à l’égard des chrétiens, il écrit à Trajan pour connaître ses intentions à leur sujet.
La réponse de Trajan qui fait force de loi déclare : « Mon cher Pline, tu as suivi une bonne ligne de conduite dans l’affaire de ceux qui ont été amenés devant toi comme chrétiens… Il ne faut pas les rechercher ; s’ils sont dénoncés et trouvés coupables, il faut les punir, avec cette réserve toutefois que celui qui nie être chrétien et qui le prouve effectivement en adorant nos dieux, si suspect que soit son passé, doit être pardonné à cause de son repentir. Mais les lettres anonymes ne peuvent servir en aucun cas pour une inculpation ; ce serait un mauvais exemple, peu digne de notre époque. »

On constate ici qu’un chrétien peut facilement échapper à sa condamnation, il lui suffit d’accomplir un acte symbolique d’adoration.

Comme le dénoncera 
Tertullien dans son Apologétique, en 197 : « Admirable sentence, qui ne peut être que contradictoire ! Elle défend de les rechercher comme s’ils étaient innocents et elle ordonne de les punir comme s’ils étaient coupables […] Ô justice, pourquoi te mettre dans un tel embarras ? Si tu les condamnes, pourquoi ne pas les rechercher ? Si tu ne les recherches pas, pourquoi ne pas les acquitter ? ».

Presque cent ans après Néron, le christianisme demeure interdit, et les fidèles sont toujours dans un état permanent d’insécurité, à la merci de dénonciations ou de mouvements de foule violents, au cours desquels le peuple tout entier se fait accusateur. 
Trajan appliquera cette politique jusqu’à sa mort, en 117, ainsi que ses trois premiers successeurs, Hadrien (117-138), Antonin (138-161), et Marc-Aurèle (161-180), qui s’en tiennent tous à ce rescrit, et donc, se gardent bien de réexaminer le fait chrétien. Voilà pourquoi il y a eu tant de martyrs sous leurs règnes respectifs. Aucun magistrat romain ne prend le risque de protéger les chrétiens.

(161-180)Marc Aurèle

Les légions de 
Marc Aurèle battent les Parthes en 165, mais rapportent de leurs campagnes la peste, qui se propage en Occident pendant vingt ans. En 167, commencent les invasions barbares. A cela s’ajoutent des pluies diluviennes qui s’abattent sur l’Italie, occasionnant des inondations, détruisant les récoltes, et provoquant des famines.

On dirait que les dieux se détournent de Rome. Pourquoi ? On consulte les 
augures partout dans l’empire, qui donnent tous, comme par hasard, la même réponse : les chrétiens sont la cause de ces maux. La majorité du peuple, affamé et malade, est alors persuadée que les dieux se vengent sur l’empire car les fidèles y sont tolérés. Le sentiment anti-chrétien est à son comble. 
Comme Marc-Aurèle est un homme superstitieux et crédule, qui connaît mal le christianisme et ne veut pas le comprendre, 
il persécute, sciemment, froidement, sans pitié. 

C’est ainsi que son règne est marqué par de terribles violences à l'égard des chrétiens qui subissent d'importantes persécutions.  
Marc Aurèle juge que les chrétiens sont une menace pour l'unité et le bien-être de l'Empire car ils refusent de brûler de l'encens devant les statues de l'empereur et de prier les dieux de l'Empire. 
Il lance 
en 177 une grande campagne de persécutions impitoyables contre les chrétiens. Lui qui méprise les jeux du cirque les laisse jeter aux fauves, comme à Lyon (Lugdunum) où ont lieu de cruelles persécutions dont l'histoire sainte retiendra le martyre de Blandine.

(249-251)Dèce

Il est surnommé « le grand serpent », tellement il se révèle un 
impitoyable persécuteur. Il fait des milliers de martyrs.
Dèce veut un peuple solidaire, uni autour de lui. Pour cela, il demande à tous ses sujets de sacrifier publiquement à Rome et à lui-même. 
Il fait publier un édit sanglant qu’il fait exécuter avec une extrême rigueur.
Cet édit ordonne à tous les sujets de l'empire d'offrir conjointement – avec femmes et enfants –un sacrifice solennel aux dieux. Cette obligation est étendue à l'ensemble de l'empire. Des commissions sont chargées de contrôler l'exécution des sacrifices par les habitants. Et une fois ce sacrifice effectué, les sacrifiants reçoivent 
un certificat de sacrifice. Ceux qui refusent sont envoyés en prison et comparaissent ensuite devant une commission qui leur demande de sacrifier sous la torture. Ensuite, en cas de refus, on les condamne à la prison, l'exil, la confiscation des biens ou encore l'exécution capitale. 


(253-260)Valérien 

L'année 257-258 est une année noire, l'empire est attaqué de toutes parts : Germains et Goths en Occident, Perses en Orient, la peste et les problèmes économiques et monétaires. Dévaluation, inflation, augmentation des impôts etc...
Les païens y voient
 la colère des Dieux : les chrétiens sont jugés responsables. 
Valérien s'attaque surtout aux chefs et guides spirituels du christianisme qu’on oblige à sacrifier aux dieux sous peine d’exil, puis de mise à mort. Une lettre de Valérien et Gallien est envoyée aux gouverneurs de province pour préciser les modalités de la persécution. Les premières mesures datent d'août 257. Les chrétiens des classes élevées voient leurs biens confisqués, sont condamnés à l'exil ou aux travaux forcés. Cela fait rentrer beaucoup d'argent dans les caisses de l’état qui sont presque vides.


(285-305)Dioclétien

C’est l’ère des martyrs. 
Dioclétien, excité par Galérius, son gendre, publie 4 édits pendant son règne : par le premier, il ordonne de démolir les églises, de brûler les livres saints et de priver les chrétiens de leurs droits civils ; le second édit prononce l’emprisonnement des chefs de l’église ; le troisième ordonne d’employer les tortures contre les prêtres qui refuseraient de sacrifier aux idoles ; en fin un quatrième édit fait couler des flots de sang, en étendant à tous les chrétiens l’obligation de sacrifier.


La fin des persécutions des chrétiens

Au printemps 
313Constantin et Licinius signent l’édit de Milan, qui reconnaît la liberté de religion à tous les sujets de l’empire, et qui restitue aux chrétiens tous les biens confisqués. C’est la Paix de l’Eglise, la reconnaissance officielle du christianisme.
En 
380, par l’édit de Théodose, le christianisme devient la religion officielle de l’empire. 

(306-337) Constantin Ier

Fin des persécutions des chrétiens. 
Afin de rétablir la paix religieuse et de construire l'unité de l'Église, Constantin Ier convoque le 
concile de Nicée (325), premier concile œcuménique réunissant environ 300 évêques. L’empereur affirme son autorité dans le domaine religieux : c'est le césaropapisme (pouvoir temporel et spirituel), la politisation de la religion qui va entraîner une  déviation de l’enseignement de Jésus.  
L’église prêche au peuple la soumission au pouvoir et s’impose comme seul intermédiaire entre Dieu et les hommes. Elle devient un instrument du pouvoir pour maintenir la paix (cléricalisme). Les chrétiens s’orientent vers une foi aveugle et une déresponsabilisation individuelle de leur foi. 


N’oublions jamais

Tout comme pour les fidèles Hébreux Daniel, Shadrak, Meshah, Abednego, Mardochée à l’époque des puissances babylonienne, mède et perse, on a impose aux chrétiens d’adorer, de se prosterner, de s’incliner devant la 
puissance politique en place… sous peine de mort. A nouveau la fidélité des serviteurs sincères de Dieu a été mise à rude épreuve. 
Les chrétiens ont été la cible de terribles persécutions 
pendant 300 ans, à intervalles plus ou moins réguliers.
Malgré la cruauté des tortures qu’on leur a infligé, 
la plupart des chrétiens ont choisi de rester intègres au Dieu Tout-Puissant … Honorons leur mémoire en n’oubliant jamais leur courage devant les supplices indescriptibles qui leur ont été infligés.


Olivier

 


Sources:      
Lien - L’héritage du concile de Nicée
Lien - Persécutions dans l’empire romain